L’homme et le cheval (der Mann und das Pferd)
Dans le sud de la France (im Süden Frankreichs), entre le Rhône et la mer (zwischen der Rhône und dem Meer), il existe un pays (gibt es eine Landschaft; paysm — Land, Gegend, Landschaft) qui ne ressemble à aucun autre (die keiner anderen gleicht; ressembler à — gleichen, ähneln; aucun — kein). C’est la Camargue (das ist die Camargue). Ici, la terre est plate (hier ist die Erde flach; plat — flach, eben), le ciel est immense (der Himmel ist unermesslich) et le vent ne s’arrête jamais (und der Wind hört niemals auf; s’arrêter — anhalten, aufhören). Il y a des étangs salés (es gibt salzige Lagunen; étangm — Teich, Weiher, Lagune; selm — Salz; salé — salzig), des marais couverts de roseaux (mit Schilf bedeckte Sümpfe; maraism — Sumpf, Marsch; couvert — bedeckt; couvrir — bedecken; roseaum — Schilf, Schilfrohr), des flamants roses par milliers (rosa Flamingos zu Tausenden; mille — tausend; millierm — Tausend, etwa tausend) et des taureaux noirs (und schwarze Stiere) qui courent librement dans les prairies (die frei über die Wiesen laufen; librement — frei; libre — frei; prairief — Wiese, Weide).
Et il y a les chevaux blancs (und es gibt die weißen Pferde).
L’homme et le cheval
Dans le sud de la France, entre le Rhône et la mer, il existe un pays qui ne ressemble à aucun autre. C’est la Camargue. Ici, la terre est plate, le ciel est immense et le vent ne s’arrête jamais. Il y a des étangs salés, des marais couverts de roseaux, des flamants roses par milliers et des taureaux noirs qui courent librement dans les prairies.
Et il y a les chevaux blancs.
Mathieu Aubert a vingt-huit ans (Mathieu Aubert ist achtundzwanzig Jahre alt). Il est gardian (er ist Gardian) — c’est le nom qu’on donne aux cow-boys de Camargue (so nennt man die Cowboys der Camargue: «das ist der Name, den man den Cowboys der Camargue gibt). Il a la peau brune à cause du soleil (er hat eine von der Sonne gebräunte Haut: «eine braune Haut wegen der Sonne»; à cause de — wegen), les yeux clairs comme l’eau des étangs (helle Augen wie das Wasser der Lagunen; œilm/yeuxpl — Auge; clair — hell, klar) et les mains fortes d’un homme (und die kräftigen Hände eines Mannes; fort — stark, kräftig) qui travaille dehors tous les jours (der jeden Tag draußen arbeitet; dehors — draußen). Mathieu ne parle pas beaucoup (Mathieu redet nicht viel). Il préfère écouter le vent (er hört lieber dem Wind zu: «er zieht es vor, dem Wind zuzuhören»; préférer — vorziehen, lieber mögen; écouter — zuhören, hören), regarder les oiseaux (die Vögel zu beobachten) et sentir la terre sous les sabots de son cheval (und die Erde unter den Hufen seines Pferdes zu spüren; sentir — fühlen, spüren; riechen).
Son cheval s’appelle Zéphyr (sein Pferd heißt Zéphyr).
Mathieu Aubert a vingt-huit ans. Il est gardian — c’est le nom qu’on donne aux cow-boys de Camargue. Il a la peau brune à cause du soleil, les yeux clairs comme l’eau des étangs et les mains fortes d’un homme qui travaille dehors tous les jours. Mathieu ne parle pas beaucoup. Il préfère écouter le vent, regarder les oiseaux et sentir la terre sous les sabots de son cheval.
Son cheval s’appelle Zéphyr.
Zéphyr est un Camargue pur (Zéphyr ist ein reinrassiger Camargue; pur — rein, reinrassig). Il est blanc comme le sel des marais (er ist weiß wie das Salz der Sümpfe), avec une crinière épaisse (mit einer dichten Mähne; épais — dick, dicht) et des yeux intelligents (und klugen Augen). Zéphyr est beau, fort et absolument impossible (Zéphyr ist schön, stark und absolut unmöglich).
« Ce cheval est un ange (dieses Pferd ist ein Engel) », dit la grand-mère de Mathieu, Mamie Rose (sagt Mathieus Großmutter, Mamie Rose), qui a quatre-vingts ans (die achtzig Jahre alt ist) et qui vit dans le mas familial depuis toujours (und seit jeher im Familienhof, dem Mas, lebt; vivre — leben; masm — /provenzalischer/ Bauernhof, Gehöft; depuis toujours — seit jeher).
« Un ange (ein Engel)? » répond Mathieu (antwortet Mathieu). « Ce cheval refuse d’avancer (dieses Pferd weigert sich vorwärtszugehen; refuser — sich weigern, ablehnen; avancer — vorrücken, vorwärtsgehen) quand il n’en a pas envie (wenn es keine Lust dazu hat; avoir envie — Lust haben; envief — Lust, Verlangen). Il jette les étrangers par terre (es wirft Fremde zu Boden; jeter — werfen; étrangerm — Fremder, Ausländer; par terre — zu Boden, auf den Boden; terref — Erde, Boden). Et il mange mes sandwichs (und es frisst meine Sandwiches) quand je ne regarde pas (wenn ich nicht hinschaue). »
« Exactement (genau) », dit Mamie Rose (sagt Mamie Rose). « Un ange avec du caractère (ein Engel mit Charakter). »
C’est vrai que Zéphyr a du caractère (es stimmt, dass Zéphyr Charakter hat; vrai — wahr, richtig). Beaucoup de caractère (eine Menge Charakter: «viel Charakter»).
Zéphyr est un Camargue pur. Il est blanc comme le sel des marais, avec une crinière épaisse et des yeux intelligents. Zéphyr est beau, fort et absolument impossible.
« Ce cheval est un ange », dit la grand-mère de Mathieu, Mamie Rose, qui a quatre-vingts ans et qui vit dans le mas familial depuis toujours.
« Un ange ? » répond Mathieu. « Ce cheval refuse d’avancer quand il n’en a pas envie. Il jette les étrangers par terre. Et il mange mes sandwichs quand je ne regarde pas. »
« Exactement », dit Mamie Rose. « Un ange avec du caractère. »
C’est vrai que Zéphyr a du caractère. Beaucoup de caractère.
Le matin, quand Mathieu arrive à l’écurie (morgens, wenn Mathieu am Stall ankommt; matinm — Morgen; écurief — /Pferde/Stall), Zéphyr le regarde (schaut Zéphyr ihn an). Si Zéphyr est de bonne humeur (wenn Zéphyr gute Laune hat; humeurf — Laune, Stimmung; de bonne humeur — gut gelaunt), il s’approche (kommt er näher; s’approcher — sich nähern, näher kommen) et pose son nez contre l’épaule de Mathieu (und legt seine Nase an Mathieus Schulter; poser — legen, setzen, stellen; contre — gegen, an). C’est sa façon de dire bonjour (das ist seine Art, Guten Morgen zu sagen; façonf — Art, Weise).
Si Zéphyr n’est pas de bonne humeur (wenn Zéphyr keine gute Laune hat), il tourne le dos (dreht er ihm den Rücken zu) et mange son foin (und frisst sein Heu). C’est sa façon de dire (das ist seine Art zu sagen): « Reviens plus tard (komm später wieder; revenir — zurückkommen, wiederkommen; plus tard — später). »
« Tu ne peux pas être de mauvaise humeur (du kannst nicht schlechte Laune haben; mauvais — schlecht, böse) », dit Mathieu (sagt Mathieu). « Nous avons du travail (wir haben zu tun: «wir haben Arbeit»). Les taureaux doivent changer de pâturage (die Stiere müssen auf eine andere Weide; devoir — müssen, sollen; changer — wechseln, ändern). »
Le matin, quand Mathieu arrive à l’écurie, Zéphyr le regarde. Si Zéphyr est de bonne humeur, il s’approche et pose son nez contre l’épaule de Mathieu. C’est sa façon de dire bonjour.
Si Zéphyr n’est pas de bonne humeur, il tourne le dos et mange son foin. C’est sa façon de dire : « Reviens plus tard. »
« Tu ne peux pas être de mauvaise humeur », dit Mathieu. « Nous avons du travail. Les taureaux doivent changer de pâturage. »
Zéphyr continue de manger son foin (Zéphyr frisst weiter sein Heu; continuer — fortsetzen, weitermachen).
Mathieu soupire (Mathieu seufzt; soupirer — seufzen; soupirm — Seufzer). Il sort une pomme de sa poche (er holt einen Apfel aus seiner Tasche; sortir — herausnehmen, herausholen; hinausgehen). Zéphyr tourne la tête (Zéphyr dreht den Kopf). Ses oreilles bougent (seine Ohren bewegen sich; bouger — sich bewegen, sich rühren). La pomme a son attention (der Apfel hat seine Aufmerksamkeit).
« Si tu viens travailler (wenn du arbeiten kommst), la pomme est pour toi (gehört der Apfel dir: «ist der Apfel für dich»). »
Zéphyr regarde la pomme (Zéphyr schaut den Apfel an). Regarde Mathieu (schaut Mathieu an). Puis il s’approche lentement (dann kommt er langsam näher; lentement — langsam; lent — langsam), prend la pomme avec délicatesse (nimmt den Apfel behutsam; délicatessef — Behutsamkeit, Feingefühl; délicat — zart, behutsam) et la mange en trois bouchées (und frisst ihn in drei Bissen; bouchéef — Bissen, Happen; bouchef — Mund).
Zéphyr continue de manger son foin.
Mathieu soupire. Il sort une pomme de sa poche. Zéphyr tourne la tête. Ses oreilles bougent. La pomme a son attention.
« Si tu viens travailler, la pomme est pour toi. »
Zéphyr regarde la pomme. Regarde Mathieu. Puis il s’approche lentement, prend la pomme avec délicatesse et la mange en trois bouchées.
« Bien (gut) », dit Mathieu (sagt Mathieu). « Maintenant, on y va (und jetzt, gehen wir; y aller — losgehen, sich auf den Weg machen)? »
Zéphyr ne bouge pas (Zéphyr rührt sich nicht). Il a mangé la pomme (er hat den Apfel gefressen). Le contrat est terminé (der Vertrag ist erfüllt: «beendet»; terminer — beenden, abschließen; terminé — beendet, zu Ende).
« Zéphyr ! »
Finalement, après une deuxième pomme et un morceau de pain (schließlich, nach einem zweiten Apfel und einem Stück Brot; finalement — schließlich, letztlich), Zéphyr accepte la selle (lässt Zéphyr den Sattel zu; accepter — annehmen, akzeptieren). Mathieu monte (Mathieu steigt auf; monter — aufsteigen, hinaufsteigen; steigen) et ils sortent du mas (und sie verlassen den Mas). Devant eux, la Camargue s’étend à l’infini (vor ihnen erstreckt sich die Camargue ins Unendliche; s’étendre — sich erstrecken, sich ausdehnen; étendre — ausbreiten; infinim — Unendlichkeit; infini — unendlich) — verte, sauvage, magnifique (grün, wild, herrlich; magnifique — herrlich, prächtig).
« Bien », dit Mathieu. « Maintenant, on y va ? »
Zéphyr ne bouge pas. Il a mangé la pomme. Le contrat est terminé.
« Zéphyr ! »
Finalement, après une deuxième pomme et un morceau de pain, Zéphyr accepte la selle. Mathieu monte et ils sortent du mas. Devant eux, la Camargue s’étend à l’infini — verte, sauvage, magnifique.
Le vent souffle dans la crinière de Zéphyr (der Wind weht in Zéphyrs Mähne; souffler — wehen, blasen). Le cheval lève la tête (das Pferd hebt den Kopf; lever — heben, hochheben) et respire profondément (und atmet tief ein; profondément — tief; profond — tief), comme un homme qui retrouve la liberté (wie ein Mann, der die Freiheit wiederfindet; retrouver — wiederfinden, wiedererlangen) après une journée au bureau (nach einem Tag im Büro).
Et puis il se met à galoper (und dann fängt er an zu galoppieren; se mettre à — anfangen, beginnen, etwas zu tun). Sans prévenir (ohne Vorwarnung; prévenir — vorwarnen, benachrichtigen). Sans permission (ohne Erlaubnis). Il galope à travers les prés (er galoppiert über die Wiesen; à travers — durch, quer durch), le long des étangs (an den Lagunen entlang; le long de — entlang), à côté des flamants roses (neben den rosa Flamingos; à côté de — neben) qui s’envolent dans un nuage de plumes (die in einer Wolke aus Federn auffliegen; s’envoler — auffliegen, davonfliegen).
Mathieu ne peut pas l’arrêter (Mathieu kann ihn nicht aufhalten; arrêter — anhalten, aufhalten). Mais il ne veut pas l’arrêter (aber er will ihn nicht aufhalten). Parce que dans ces moments-là (denn in solchen Momenten; parce que — weil, denn), sur le dos de ce cheval blanc et fou (auf dem Rücken dieses weißen und verrückten Pferdes; fou — verrückt, toll), il se sent vivant (fühlt er sich lebendig; se sentir — sich fühlen; vivant — lebendig; vivre — leben).
Le vent souffle dans la crinière de Zéphyr. Le cheval lève la tête et respire profondément, comme un homme qui retrouve la liberté après une journée au bureau.
Et puis il se met à galoper. Sans prévenir. Sans permission. Il galope à travers les prés, le long des étangs, à côté des flamants roses qui s’envolent dans un nuage de plumes.
Mathieu ne peut pas l’arrêter. Mais il ne veut pas l’arrêter. Parce que dans ces moments-là, sur le dos de ce cheval blanc et fou, il se sent vivant.
« Tu es impossible (du bist unmöglich) », murmure Mathieu dans le vent (murmelt Mathieu in den Wind; murmurer — murmeln, flüstern).
Zéphyr galope encore plus vite (Zéphyr galoppiert noch schneller). Parce que c’est Zéphyr (weil er eben Zéphyr ist). Le cheval le plus libre de Camargue (das freieste Pferd der Camargue).
Et Mathieu (und Mathieu)? Mathieu est l’homme qui a renoncé à le contrôler (Mathieu ist der Mann, der darauf verzichtet hat, ihn zu kontrollieren; renoncer à — verzichten auf, aufgeben) et qui a appris, à la place, à le comprendre (und der stattdessen gelernt hat, ihn zu verstehen; apprendre — lernen; à la place — stattdessen, an der Stelle; placef — Platz, Stelle).
C’est la première leçon de la Camargue (das ist die erste Lektion der Camargue): ici, personne ne commande la nature (hier befiehlt niemand der Natur; personne — niemand; commander — befehlen, gebieten). On l’accompagne (man begleitet sie).
« Tu es impossible », murmure Mathieu dans le vent.
Zéphyr galope encore plus vite. Parce que c’est Zéphyr. Le cheval le plus libre de Camargue.
Et Mathieu ? Mathieu est l’homme qui a renoncé à le contrôler et qui a appris, à la place, à le comprendre.
C’est la première leçon de la Camargue : ici, personne ne commande la nature. On l’accompagne.