Histoire 1
Dans le village de Saint-Hilaire-du-Bois, en Charente, il y a une petite rue qui s'appelle la rue des Tilleuls. Au numéro douze, il y a la maison de Jean-Marc Poulain. Au numéro quatorze, juste à côté1, il y a la maison de Gérard Michaud.
Jean-Marc et Gérard sont voisins depuis vingt-deux ans. Ils ont le même2 âge — cinquante-cinq ans. Ils ont la même voiture — une Peugeot grise. Ils ont le même chien — enfin3, la même race : un épagneul breton4. Et ils ont le même problème : chacun5 pense6 être meilleur que l'autre.
En janvier, ils se disputent sur7 les rosiers8. En mars, sur la pelouse9. En été, sur les tomates du jardin. Et en décembre — en décembre, c'est la guerre.
Parce qu'en décembre, il y a Noël.
Tout a commencé un premier décembre. Jean-Marc est sorti de chez lui à huit heures du matin avec un carton de guirlandes lumineuses10. Il a installé11 une guirlande blanche autour de12 la porte d'entrée. Simple. Élégant.
À neuf heures, Gérard est sorti de chez lui. Il a vu la guirlande de Jean-Marc. Il est rentré chez lui. Et à dix heures, Gérard avait installé deux guirlandes — une blanche et une bleue — autour de sa porte, de ses fenêtres et de sa boîte aux lettres.
Jean-Marc a regardé par la fenêtre. Il a pris son téléphone et a commandé cinq mètres de guirlande supplémentaire13 sur Internet.
Les femmes de Jean-Marc et Gérard — Catherine Poulain et Françoise Michaud — regardaient la scène avec un mélange15 d'amusement16 et de fatigue17. Catherine et Françoise étaient amies. Très bonnes amies, en fait18. Elles prenaient le café ensemble tous les matins. Elles faisaient les courses ensemble le samedi. Elles partageaient19 des recettes20, des secrets21 et parfois une bouteille de blanc22.
« Gérard a acheté un renne23 lumineux pour le jardin », a dit Françoise en buvant son café chez Catherine.
« Jean-Marc a commandé un Père Noël gonflable24 de deux mètres », a répondu Catherine.
« Mon Dieu. »
Dehors29, Jean-Marc montait sur30 une échelle31 avec une étoile32 lumineuse. Gérard le regardait depuis33 sa fenêtre, les bras croisés34, en calculant35 déjà sa prochaine décoration.
Le village de Saint-Hilaire-du-Bois comptait36 trois cent cinquante habitants37. Et chaque décembre, ces trois cent cinquante habitants regardaient le spectacle38 de la rue des Tilleuls avec le même plaisir.
Patrice, le facteur, passait42 chaque jour avec ses lettres. Il regardait les nouvelles guirlandes et soupirait. « L'année dernière, c'était déjà fatigant43. Cette année, ça va être pire44. »
Patrice a bu son café d'un trait49. « Madame Poulain, je fais ce métier depuis vingt ans. Et je peux vous dire une chose : vos maris sont les deux personnes les plus têtues50 de tout le département. »
Catherine a regardé Jean-Marc sur son échelle. « Je sais, Patrice. Croyez-moi, je sais. »