Histoire 1
Tout a commencé en septembre, pendant le déjeuner du dimanche.
La famille Muller était réunie1 autour de2 la grande table, dans la maison à colombages3 de Colmar. Le père, François, coupait4 une tarte flambée5. La mère, Catherine, servait du riesling. Le fils aîné6, Antoine, vingt-quatre ans, parlait de son travail à la brasserie7. La fille, Élise, vingt et un ans, regardait son téléphone. Et Mamie Odile, quatre-vingts ans, petite, énergique8 et redoutable9, avait une annonce10 à faire.
« Un chalet ? » a répété Catherine. « Sur la place de la Cathédrale ? »
« Non. Sur la place des Dominicains. J'ai réservé l'emplacement16 numéro quatorze. C'est fait. »
François a ouvert la bouche. « Maman, tu as réservé un emplacement sans nous demander ? »
« Si je vous avais demandé, vous auriez dit17 non. Alors j'ai dit oui toute seule. C'est plus simple. »
Les bredele. Les petits gâteaux22 de Noël alsaciens23. Mamie Odile en faisait depuis cinquante ans. Des étoiles à la cannelle24, des croissants aux amandes25, des petits sablés26 au beurre. Tout le quartier connaissait ses bredele. Chaque décembre, les voisins sonnaient27 à la porte pour en acheter.
« Et du vin chaud28 », a ajouté29 Mamie Odile. « La recette30 de ton père, François. Avec les épices31 et l'orange. »
François a regardé Catherine. Catherine a regardé François. C'était le genre32 de regard33 que les couples34 échangent35 quand ils savent que la décision est déjà prise36.
« Maman, un chalet au marché de Noël, c'est énorme. Il faut préparer des centaines de37 gâteaux, acheter du matériel38, organiser les horaires39… »
« C'est pour ça que40 j'ai une famille », a répondu Mamie Odile. « Antoine fera41 le vin chaud. Élise s'occupera de42 la décoration et des réseaux sociaux43. Toi, tu géreras la caisse44. Et Catherine fera les bredele avec moi. »
Mamie Odile l'a regardée avec l'expression46 d'une femme qui n'accepte pas ce genre de question. « Élise, j'ai gagné47 le concours48 des bredele de Colmar trois fois. En 1998, en 2005 et en 2011. Les gens achèteront. »
Antoine a souri49. « Mamie, le marché de Noël, c'est trente jours. Trente jours dans le froid, du matin au soir. Tu es sûre50 ? »
Mamie Odile a posé51 sa fourchette. « J'ai quatre-vingts ans. Je ne sais pas combien de marchés de Noël il me reste52. Alors celui-ci53, je veux le faire. Avec ma famille. »
Personne n'a rien dit pendant un moment. Puis Catherine a pris la main de Mamie Odile.
« D'accord. On le fait. »
François a soupiré54. Quand Mamie Odile et Catherine étaient d'accord, il n'y avait plus de discussion possible.