Histoire 1
Tout a commencé en septembre (alles fing im September an; septembrem), pendant le déjeuner du dimanche (beim Mittagessen am Sonntag; pendant — während).
La famille Muller était réunie autour de la grande table (die Familie Muller war um den großen Tisch versammelt; réunir — versammeln, vereinen; autour de — um … herum), dans la maison à colombages de Colmar (in dem Fachwerkhaus in Colmar; maison à colombagesf — Fachwerkhaus; colombagem — Fachwerk). Le père, François, coupait une tarte flambée (der Vater, François, schnitt einen Flammkuchen auf; tarte flambéef — Flammkuchen; flamber — flammen, flambieren). La mère, Catherine, servait du riesling (die Mutter, Catherine, schenkte Riesling ein; servir — servieren, einschenken). Le fils aîné, Antoine, vingt-quatre ans (der ältere Sohn, Antoine, vierundzwanzig Jahre alt; aîné — älter, erstgeboren; anm), parlait de son travail à la brasserie (sprach über seine Arbeit in der Brasserie; brasserief — Brauerei, Bierlokal). La fille, Élise, vingt et un ans (die Tochter, Élise, einundzwanzig), regardait son téléphone (schaute auf ihr Handy). Et Mamie Odile, quatre-vingts ans (und Oma Odile, achtzig; quatre-vingts — achtzig: „vier Zwanziger“), petite (klein), énergique (energisch) et redoutable (und gefürchtet; redoutable — furchterregend, gefürchtet; redouter — fürchten), avait une annonce à faire (hatte etwas zu verkünden: „hatte eine Ankündigung zu machen“).
L'idée de Mamie Odile
Tout a commencé en septembre, pendant le déjeuner du dimanche.
La famille Muller était réunie autour de la grande table, dans la maison à colombages de Colmar. Le père, François, coupait une tarte flambée. La mère, Catherine, servait du riesling. Le fils aîné, Antoine, vingt-quatre ans, parlait de son travail à la brasserie. La fille, Élise, vingt et un ans, regardait son téléphone. Et Mamie Odile, quatre-vingts ans, petite, énergique et redoutable, avait une annonce à faire.
« Cette année (dieses Jahr) », a dit Mamie Odile (sagte Oma Odile), « nous allons tenir un chalet au marché de Noël (wir werden auf dem Weihnachtsmarkt eine Hütte betreiben; aller + Inf. — etw. tun werden; tenir — halten; /hier:/ führen, betreiben; chaletm — Chalet, Holzhaus; /hier:/ Verkaufshütte). »
Le silence est tombé sur la table (am Tisch wurde es still: „die Stille fiel auf den Tisch“). Même François a arrêté de couper la tarte (sogar François hörte auf, den Flammkuchen zu schneiden; arrêter de + Inf. — aufhören, etw. zu tun).
« Un chalet (eine Hütte)? » a répété Catherine (wiederholte Catherine). « Sur la place de la Cathédrale (auf der Place de la Cathédrale /Kathedralenplatz/)? »
« Non (nein). Sur la place des Dominicains (auf der Place des Dominicains /Dominikanerplatz/). J'ai réservé l'emplacement numéro quatorze (ich habe Stellplatz Nummer vierzehn reserviert; emplacementm — Platz, Standort; placef — Platz; numérom). C'est fait (das ist erledigt: „das ist gemacht“). »
« Cette année », a dit Mamie Odile, « nous allons tenir un chalet au marché de Noël. »
Le silence est tombé sur la table. Même François a arrêté de couper la tarte.
« Un chalet ? » a répété Catherine. « Sur la place de la Cathédrale ? »
« Non. Sur la place des Dominicains. J'ai réservé l'emplacement numéro quatorze. C'est fait. »
François a ouvert la bouche (François öffnete den Mund; ouvrir). « Maman, tu as réservé un emplacement (Mama, du hast einen Platz reserviert) sans nous demander (ohne uns zu fragen)? »
« Si je vous avais demandé (wenn ich euch gefragt hätte), vous auriez dit non (ihr hättet Nein gesagt; avoir). Alors j'ai dit oui toute seule (also habe ich ganz allein Ja gesagt). C'est plus simple (das ist einfacher; plus simple — einfacher). »
Mamie Odile avait une logique imparable (Oma Odile hatte eine unschlagbare Logik; imparable — unabwehrbar, unschlagbar; parer — abwehren, parieren).
François a ouvert la bouche. « Maman, tu as réservé un emplacement sans nous demander ? »
« Si je vous avais demandé, vous auriez dit non. Alors j'ai dit oui toute seule. C'est plus simple. »
Mamie Odile avait une logique imparable.
« Et on vendrait quoi (und was würden wir verkaufen; vendre)? » a demandé Antoine (fragte Antoine).
« Des bredele (Bredele; bredelem), évidemment (natürlich; évident — offensichtlich, klar). »
Les bredele (die Bredele). Les petits gâteaux de Noël alsaciens (die kleinen elsässischen Weihnachtsplätzchen; gâteaum — Kuchen; /hier:/ Plätzchen, Gebäck; Alsacef — Elsass). Mamie Odile en faisait depuis cinquante ans (Oma Odile backte sie seit fünfzig Jahren: „machte davon“; en — davon, welche). Des étoiles à la cannelle (Zimtsterne: „Sterne mit Zimt“; étoilef), des croissants aux amandes (Mandelhörnchen; croissantm — Mondsichel, Hörnchen; amandef — Mandel), des petits sablés au beurre (kleine Mürbeteigplätzchen mit Butter; sablém; sablem — Sand). Tout le quartier connaissait ses bredele (das ganze Viertel kannte ihre Bredele; connaître). Chaque décembre (jeden Dezember; décembrem), les voisins sonnaient à la porte (die Nachbarn klingelten an der Tür) pour en acheter (um welche zu kaufen).
« Et on vendrait quoi ? » a demandé Antoine.
« Des bredele, évidemment. »
Les bredele. Les petits gâteaux de Noël alsaciens. Mamie Odile en faisait depuis cinquante ans. Des étoiles à la cannelle, des croissants aux amandes, des petits sablés au beurre. Tout le quartier connaissait ses bredele. Chaque décembre, les voisins sonnaient à la porte pour en acheter.
« Et du vin chaud (und Glühwein; vin chaudm — Glühwein: „warmer Wein“) », a ajouté Mamie Odile (fügte Oma Odile hinzu). « La recette de ton père, François (das Rezept deines Vaters, François). Avec les épices et l'orange (mit den Gewürzen und der Orange; épicef; orangef). »
François a regardé Catherine (François sah Catherine an). Catherine a regardé François (Catherine sah François an). C'était le genre de regard (es war die Art von Blick; regardm; regarder — ansehen) que les couples échangent (den Paare wechseln; couplem) quand ils savent (wenn sie wissen) que la décision est déjà prise (dass die Entscheidung schon gefallen ist: „schon genommen ist“; prendre une décision — eine Entscheidung treffen).
« Et du vin chaud », a ajouté Mamie Odile. « La recette de ton père, François. Avec les épices et l'orange. »
François a regardé Catherine. Catherine a regardé François. C'était le genre de regard que les couples échangent quand ils savent que la décision est déjà prise.
« Maman, un chalet au marché de Noël (Mama, eine Hütte auf dem Weihnachtsmarkt), c'est énorme (das ist ein Riesenaufwand: „das ist enorm“). Il faut préparer des centaines de gâteaux (man muss Hunderte Plätzchen backen: „vorbereiten“; il faut + Inf. — man muss; centainef; cent — hundert), acheter du matériel (Ausrüstung kaufen; matérielm — Material, Ausrüstung), organiser les horaires (die Arbeitszeiten einteilen; horairem — Zeitplan, Arbeitszeit; heuref — Stunde) … »
« C'est pour ça que j'ai une famille (genau dafür habe ich eine Familie: „das ist dafür, dass ich eine Familie habe“) », a répondu Mamie Odile (antwortete Oma Odile; répondre). « Antoine fera le vin chaud (Antoine wird den Glühwein machen; faire). Élise s'occupera de la décoration (Élise wird sich um die Dekoration kümmern; s'occuper de qc — sich um etw. kümmern) et des réseaux sociaux (und um die sozialen Medien: „sozialen Netze“). Toi, tu géreras la caisse (du wirst dich um die Kasse kümmern: „du, du wirst die Kasse verwalten“). Et Catherine fera les bredele avec moi (und Catherine wird mit mir die Bredele backen: „machen“). »
« Maman, un chalet au marché de Noël, c'est énorme. Il faut préparer des centaines de gâteaux, acheter du matériel, organiser les horaires… »
« C'est pour ça que j'ai une famille », a répondu Mamie Odile. « Antoine fera le vin chaud. Élise s'occupera de la décoration et des réseaux sociaux. Toi, tu géreras la caisse. Et Catherine fera les bredele avec moi. »
« Et si personne n'achète (und wenn niemand kauft; ne … personne — niemand)? » a demandé Élise (fragte Élise).
Mamie Odile l'a regardée (Oma Odile sah sie an) avec l'expression d'une femme (mit dem Gesichtsausdruck einer Frau) qui n'accepte pas ce genre de question (die diese Art von Frage nicht akzeptiert). « Élise, j'ai gagné le concours des bredele de Colmar trois fois (Élise, ich habe den Bredele-Wettbewerb von Colmar dreimal gewonnen; foisf). En 1998 (1998), en 2005 (2005) et en 2011 (und 2011). Les gens achèteront (die Leute werden kaufen; gensm/pl). »
« Et si personne n'achète ? » a demandé Élise.
Mamie Odile l'a regardée avec l'expression d'une femme qui n'accepte pas ce genre de question. « Élise, j'ai gagné le concours des bredele de Colmar trois fois. En 1998, en 2005 et en 2011. Les gens achèteront. »
Antoine a souri (Antoine lächelte; sourire). « Mamie, le marché de Noël (Oma, der Weihnachtsmarkt), c'est trente jours (das sind dreißig Tage; jourm). Trente jours dans le froid (dreißig Tage in der Kälte), du matin au soir (vom Morgen bis zum Abend). Tu es sûre (bist du sicher)? »
Mamie Odile a posé sa fourchette (Oma Odile legte ihre Gabel hin). « J'ai quatre-vingts ans (ich bin achtzig: „ich habe achtzig Jahre“). Je ne sais pas (ich weiß nicht) combien de marchés de Noël il me reste (wie viele Weihnachtsmärkte mir noch bleiben; combien de — wie viele; il reste qc à qn — jdm. bleibt etw.: „es bleibt jdm. etw.“). Alors celui-ci (also diesen hier; celui-ci — dieser hier), je veux le faire (den will ich machen: „ich will ihn machen“). Avec ma famille (mit meiner Familie). »
Antoine a souri. « Mamie, le marché de Noël, c'est trente jours. Trente jours dans le froid, du matin au soir. Tu es sûre ? »
Mamie Odile a posé sa fourchette. « J'ai quatre-vingts ans. Je ne sais pas combien de marchés de Noël il me reste. Alors celui-ci, je veux le faire. Avec ma famille. »
Personne n'a rien dit pendant un moment (eine Weile sagte niemand etwas; /personne und rien bilden mit ne eine einzige Verneinung/). Puis Catherine a pris la main de Mamie Odile (dann nahm Catherine Oma Odiles Hand; prendre).
« D'accord (einverstanden; accordm — Übereinstimmung). On le fait (wir machen es). »
François a soupiré (François seufzte). Quand Mamie Odile et Catherine étaient d'accord (wenn Oma Odile und Catherine sich einig waren), il n'y avait plus de discussion possible (es war keine Diskussion mehr möglich: „es gab keine mögliche Diskussion mehr“; il y a — es gibt; ne … plus — nicht mehr, kein … mehr).
« On va avoir besoin de beaucoup de farine (wir werden viel Mehl brauchen; avoir besoin de qc — etw. brauchen; besoinm — Bedarf, Bedürfnis; beaucoup de — viel) », a-t-il dit (sagte er; /das eingeschobene -t- steht nur der Aussprache wegen/).
« Et de beaucoup de patience (und viel Geduld) », a ajouté Antoine (fügte Antoine hinzu).
Personne n'a rien dit pendant un moment. Puis Catherine a pris la main de Mamie Odile.
« D'accord. On le fait. »
François a soupiré. Quand Mamie Odile et Catherine étaient d'accord, il n'y avait plus de discussion possible.
« On va avoir besoin de beaucoup de farine », a-t-il dit.
« Et de beaucoup de patience », a ajouté Antoine.
Élise a levé les yeux de son téléphone (Élise sah von ihrem Handy auf: „hob die Augen von ihrem Telefon“; œilm). « Je vais créer un compte Instagram (ich werde ein Instagram-Konto anlegen; créer — schaffen, erstellen). "Les Bredele de Mamie Odile (Oma Odiles Bredele)." Ça va être génial (das wird genial). »
Mamie Odile a souri (Oma Odile lächelte). Un sourire de victoire (ein Siegerlächeln: „ein Lächeln des Sieges“; victoiref). Le marché de Noël des Muller allait commencer (der Weihnachtsmarkt der Mullers würde bald beginnen; allait + Inf. — war im Begriff, etw. zu tun).
Élise a levé les yeux de son téléphone. « Je vais créer un compte Instagram. "Les Bredele de Mamie Odile." Ça va être génial. »
Mamie Odile a souri. Un sourire de victoire. Le marché de Noël des Muller allait commencer.