Histoire 1
Antoine Mareschal était pâtissier1 à Beaumont-sur-Loire, un petit village de Touraine, depuis quinze ans. Sa boutique2, « Le Fournil3 d'Antoine », se trouvait entre la boucherie de monsieur Grenot et le salon de coiffure4 de Sylvie. C'était une bonne place. Les gens qui attendaient leur viande regardaient ses gâteaux. Les femmes qui sortaient de chez Sylvie avec une nouvelle coiffure5 avaient toujours envie6 d'un éclair7 au chocolat.
Antoine faisait de bons gâteaux. Pas extraordinaires8. Bons. Ses tartes aux pommes étaient correctes9. Ses éclairs étaient honnêtes10. Ses croissants étaient respectables. Le problème, c'est qu'Antoine rêvait11 d'être extraordinaire.
Un matin de novembre, la maire12 du village, Madame Colette Vignon, est entrée dans la boutique. Madame Vignon avait soixante-deux ans, un manteau rouge et une énergie considérable13.
« Antoine ! Grande nouvelle14 ! » a annoncé15 Madame Vignon. « Le Comité Régional de Gastronomie organise un concours de bûches de Noël16. Le meilleur pâtissier de Touraine ! Le prix est de trois mille euros et un article dans le magazine Pâtisserie17 Française. »
Antoine a posé18 sa poche à douille19. Trois mille euros. Un article dans un magazine. Sa photo à côté de ses gâteaux. Sa mère serait20 tellement21 fière22.
« Quand est le concours ? »
« Le vingt décembre. Vous avez six semaines. »
Six semaines pour créer23 la bûche parfaite. Antoine a regardé ses éclairs dans la vitrine. Ils étaient bons. Mais une bûche de Noël pour un concours régional, c'était une autre histoire24.
« Je vais le faire », a dit Antoine.
Madame Vignon a souri25. « Parfait ! Et je prends deux éclairs, s'il vous plaît. »
Le soir, Antoine a fermé la boutique plus tôt et s'est installé26 dans sa cuisine. Il a sorti27 tous ses livres de pâtisserie. Il y en avait douze. Il les a empilés28 sur la table. Puis il a ouvert le premier : Les Grands Classiques de la Pâtisserie Française.
La bûche de Noël traditionnelle : une génoise29 roulée30 avec une crème au beurre, décorée de31 champignons en meringue32 et de feuilles en pâte d'amande33. Simple. Classique.
Trop simple. Trop classique.
Antoine voulait quelque chose de spécial. Quelque chose qui impressionnerait34 le jury. Quelque chose que personne35 n'avait jamais vu.
« Toi ? Au concours régional ? »
« Pourquoi tu dis ça comme ça ? »
« Je ne dis rien. C'est juste que41… la dernière fois que tu as essayé quelque chose de nouveau, c'était le macaron à la lavande. Et il était violet. »
Antoine a raccroché44. Il n'avait pas besoin de Gilles. Il avait besoin d'inspiration.
Il a ouvert son cahier et a écrit en grosses lettres45 : LA BÛCHE PARFAITE.
Antoine est monté52 se coucher. Mais il n'a pas dormi. Il pensait à53 la crème, au chocolat, aux fruits et à la gloire54.
Six semaines. Dix tentatives. Une bûche parfaite.