FRANK-LESEMETHODE

Histoire 1

Le facteur (der Briefträger)

À cinq kilomètres de Pau (fünf Kilometer von Pau entfernt), sur une petite route bordée de chênes (an einer kleinen, von Eichen gesäumten Straße; border — säumen, einfassen; bordm — Rand, Ufer), il y a une ferme (liegt ein Bauernhof: «gibt es einen Bauernhof»). La ferme de la famille Cazenave (der Hof der Familie Cazenave). Elle est vieille, solide (er ist alt, solide) et entourée de champs verts (und von grünen Feldern umgeben; tourm — Runde, Umfang) où paissent quelques vaches (auf denen ein paar Kühe weiden; paître — weiden, grasen). Il y a un potager (es gibt einen Gemüsegarten; potagerm — Gemüsegarten; potagem — Suppe), un poulailler (einen Hühnerstall; poulaillerm — Hühnerstall; poulef — Henne), un vieux tracteur rouge (einen alten roten Traktor) et un hangar plein de foin (und eine Scheune voller Heu; hangarm — Schuppen, Scheune).

Le facteur

À cinq kilomètres de Pau, sur une petite route bordée de chênes, il y a une ferme. La ferme de la famille Cazenave. Elle est vieille, solide et entourée de champs verts où paissent quelques vaches. Il y a un potager, un poulailler, un vieux tracteur rouge et un hangar plein de foin.

Il y a aussi Gendarme (es gibt auch Gendarme).

Gendarme est une oie (Gendarme ist eine Gans). Une grande oie blanche (eine große weiße Gans) avec un bec orange (mit einem orangefarbenen Schnabel), des yeux noirs (schwarzen Augen) et un caractère épouvantable (und einem schrecklichen Charakter; épouvantable — schrecklich, entsetzlich; épouvantef — Entsetzen). Il pèse huit kilos (er wiegt acht Kilo), il marche comme un général (er geht wie ein General) et il considère (und er ist der Ansicht; considérer — betrachten, erwägen, der Ansicht sein) que la ferme lui appartient (dass der Hof ihm gehört).

Mireille Cazenave, la propriétaire (Mireille Cazenave, die Besitzerin; propriétairem /f — Besitzer, Eigentümer; propriétéf — Eigentum, Besitz), a cinquante-neuf ans (ist neunundfünfzig Jahre alt). Elle a les cheveux gris coupés court (sie hat kurz geschnittenes graues Haar: «kurz geschnittene graue Haare»), les mains fortes d’une femme (die kräftigen Hände einer Frau; fort — stark, kräftig) qui travaille la terre (die die Erde bearbeitet) et un sourire qui peut réchauffer la pièce la plus froide (und ein Lächeln, das den kältesten Raum erwärmen kann; réchauffer — erwärmen, aufwärmen; piècef — Zimmer, Raum; Stück). Son mari, Henri, est mort il y a six ans (ihr Mann Henri ist vor sechs Jahren gestorben; mourir — sterben). Depuis, Mireille gère la ferme seule (seitdem führt Mireille den Hof allein; gérer — verwalten, leiten, führen). Enfin, pas exactement seule (nun ja, nicht ganz allein; enfin — schließlich, endlich; /hier:/ nun ja, jedenfalls).

Il y a aussi Gendarme.

Gendarme est une oie. Une grande oie blanche avec un bec orange, des yeux noirs et un caractère épouvantable. Il pèse huit kilos, il marche comme un général et il considère que la ferme lui appartient.

Mireille Cazenave, la propriétaire, a cinquante-neuf ans. Elle a les cheveux gris coupés court, les mains fortes d’une femme qui travaille la terre et un sourire qui peut réchauffer la pièce la plus froide. Son mari, Henri, est mort il y a six ans. Depuis, Mireille gère la ferme seule. Enfin, pas exactement seule.

« J’ai Gendarme (ich habe Gendarme) », dit Mireille à ses voisins (sagt Mireille zu ihren Nachbarn). « Il est mieux qu’un chien de garde (er ist besser als ein Wachhund; chien de gardem — Wachhund; gardef — Wache, Hut). Il est mieux qu’une alarme (er ist besser als eine Alarmanlage). Il est mieux que n’importe quoi (er ist besser als alles andere; n’importe quoi — irgendetwas, egal was). »

C’est vrai (das stimmt: «das ist wahr»). Personne n’entre dans la ferme (niemand betritt den Hof; entrer — eintreten, hereinkommen) sans que Gendarme le sache (ohne dass Gendarme es weiß). Personne (niemand).

« J’ai Gendarme », dit Mireille à ses voisins. « Il est mieux qu’un chien de garde. Il est mieux qu’une alarme. Il est mieux que n’importe quoi. »

C’est vrai. Personne n’entre dans la ferme sans que Gendarme le sache. Personne.

Le facteur, Bernard, le sait mieux que quiconque (der Briefträger, Bernard, weiß das besser als jeder andere; quiconque — irgendjemand, wer auch immer).

Chaque matin, vers dix heures (jeden Morgen, gegen zehn Uhr; vers — gegen, um … herum), Bernard arrive sur sa moto jaune (kommt Bernard auf seinem gelben Motorrad). Il porte son sac plein de lettres et de colis (er trägt seine Tasche voller Briefe und Pakete; sacm — Tasche, Sack). Il s’arrête devant le portail de la ferme Cazenave (er hält vor dem Tor des Hofes Cazenave; s’arrêter — anhalten, stehenbleiben; portailm — Tor, Portal). Et il attend (und er wartet).

Parce que derrière le portail (denn hinter dem Tor; parce que — weil, denn), Gendarme attend aussi (wartet Gendarme auch).

Le facteur, Bernard, le sait mieux que quiconque.

Chaque matin, vers dix heures, Bernard arrive sur sa moto jaune. Il porte son sac plein de lettres et de colis. Il s’arrête devant le portail de la ferme Cazenave. Et il attend.

Parce que derrière le portail, Gendarme attend aussi.

« Bonjour, sale bête (guten Morgen, du böses Vieh; sale — schmutzig, gemein; bêtef — Tier, Vieh) », murmure Bernard (murmelt Bernard). « Aujourd’hui, tu me laisses passer (lässt du mich heute durch; laisser — lassen, verlassen, hinterlassen; passer — vorbeigehen, durchgehen)? »

Gendarme le regarde (Gendarme sieht ihn an). Ses yeux noirs sont froids (seine schwarzen Augen sind kalt). Son bec est orange et menaçant (sein Schnabel ist orange und bedrohlich; menaçant — bedrohlich, drohend; menacer — bedrohen; menacef — Drohung). Ses ailes sont légèrement ouvertes (seine Flügel sind leicht geöffnet; légèrement — leicht; léger — leicht; ouvrir — öffnen), prêtes à l’attaque (bereit zum Angriff; prêt — bereit, fertig).

La réponse est toujours non (die Antwort ist immer nein).

Bernard ouvre le portail (Bernard öffnet das Tor). Gendarme charge (Gendarme greift an; charger — /be/laden; belasten; angreifen, attackieren). Huit kilos de plumes blanches et de fureur (acht Kilo weiße Federn und Wut; fureurf — Wut, Raserei) courent vers le facteur (rennen auf den Briefträger zu; courir — laufen, rennen) en battant des ailes (schlagen mit den Flügeln: «mit den Flügeln schlagend») et en sifflant comme un serpent en colère (und zischen wie eine wütende Schlange: «wie eine Schlange in Wut»; siffler — zischen, pfeifen; colèref — Wut, Zorn).

« Bonjour, sale bête », murmure Bernard. « Aujourd’hui, tu me laisses passer ? »

Gendarme le regarde. Ses yeux noirs sont froids. Son bec est orange et menaçant. Ses ailes sont légèrement ouvertes, prêtes à l’attaque.

La réponse est toujours non.

Bernard ouvre le portail. Gendarme charge. Huit kilos de plumes blanches et de fureur courent vers le facteur en battant des ailes et en sifflant comme un serpent en colère.

Bernard court (Bernard rennt). Il court à travers la cour (er rennt über den Hof; à travers — durch, quer durch), saute par-dessus les poules (springt über die Hühner; poulef — Henne, Huhn), contourne le tracteur (umrundet den Traktor; contourner — umrunden, umgehen) et lance les lettres vers la porte de la maison (und wirft die Briefe zur Haustür; lancer — werfen, schleudern) comme un joueur de basketball (wie ein Basketballspieler; joueurm — Spieler; jouer — spielen).

« Mireille ! Le courrier (die Post; courrierm — Post, Briefe)! » crie-t-il (ruft er; crier — schreien, rufen).

Mireille sort sur le perron avec son café (Mireille tritt mit ihrem Kaffee auf die Vortreppe; sortir — hinausgehen, heraustreten; perronm — Freitreppe, Vortreppe).

« Merci, Bernard (danke, Bernard)! Tu veux un café (möchtest du einen Kaffee)? »

« NON MERCI (nein, danke)! » hurle Bernard (brüllt Bernard; hurler — brüllen, heulen), qui court déjà vers le portail (der schon zum Tor rennt; déjà — schon, bereits), poursuivi par Gendarme (verfolgt von Gendarme).

Bernard court. Il court à travers la cour, saute par-dessus les poules, contourne le tracteur et lance les lettres vers la porte de la maison comme un joueur de basketball.

« Mireille ! Le courrier ! » crie-t-il.

Mireille sort sur le perron avec son café.

« Merci, Bernard ! Tu veux un café ? »

« NON MERCI ! » hurle Bernard, qui court déjà vers le portail, poursuivi par Gendarme.

Cette scène se répète chaque matin (diese Szene wiederholt sich jeden Morgen; se répéter — sich wiederholen). C’est devenu un spectacle (es ist zu einem Schauspiel geworden; spectaclem — Schauspiel, Anblick). Les voisins regardent parfois depuis la route (die Nachbarn schauen manchmal von der Straße aus zu; depuis — von … aus, seit). Le vieux Fernand, qui habite la ferme d’en face (der alte Fernand, der auf dem Hof gegenüber wohnt; en face — gegenüber; facef — Gesicht, Seite), s’installe même sur une chaise avec un pastis (setzt sich sogar mit einem Pastis auf einen Stuhl; s’installer — sich niederlassen, sich einrichten; même — sogar, selbst; pastism — Pastis /Anisschnaps aus Südfrankreich/).

« C’est mieux que la télévision (das ist besser als das Fernsehen) », dit Fernand à sa femme Odette (sagt Fernand zu seiner Frau Odette).

Cette scène se répète chaque matin. C’est devenu un spectacle. Les voisins regardent parfois depuis la route. Le vieux Fernand, qui habite la ferme d’en face, s’installe même sur une chaise avec un pastis.

« C’est mieux que la télévision », dit Fernand à sa femme Odette.

Un jour, Bernard arrive au bureau de poste (eines Tages kommt Bernard beim Postamt an; bureau de postem — Postamt; bureaum — Büro, Schreibtisch) avec l’uniforme déchiré (mit zerrissener Uniform; déchiré — zerrissen; déchirer — zerreißen).

« C’est l’oie (war es die Gans: «ist es die Gans»)? » demande sa collègue, Nathalie (fragt seine Kollegin Nathalie).

« C’est toujours l’oie (es ist immer die Gans). Je veux une prime de danger (ich will eine Gefahrenzulage; primef — Prämie, Zulage). »

Nathalie rit (Nathalie lacht). « Demande un transfert dans un autre village (beantrage eine Versetzung in ein anderes Dorf; demander — fragen, bitten, beantragen; transfertm — Versetzung, Verlegung). »

« J’ai demandé (habe ich beantragt) », répond Bernard (antwortet Bernard). « Mon chef dit que le combat avec Gendarme est une “tradition locale” (mein Chef sagt, der Kampf mit Gendarme sei eine „lokale Tradition"; combatm — Kampf; combattre — kämpfen) et qu’il faut la respecter (und man müsse sie respektieren; falloir — müssen, nötig sein; il faut — man muss). »

Un jour, Bernard arrive au bureau de poste avec l’uniforme déchiré.

« C’est l’oie ? » demande sa collègue, Nathalie.

« C’est toujours l’oie. Je veux une prime de danger. »

Nathalie rit. « Demande un transfert dans un autre village. »

« J’ai demandé », répond Bernard. « Mon chef dit que le combat avec Gendarme est une “tradition locale” et qu’il faut la respecter. »

Ce soir-là, Mireille donne un morceau de pain à Gendarme dans la cour (an jenem Abend gibt Mireille Gendarme ein Stück Brot im Hof; morceaum — Stück, Bissen). L’oie mange tranquillement (die Gans frisst ruhig; tranquillement — ruhig; tranquille — ruhig, still), ses plumes blanches brillant sous la lumière du soir (ihre weißen Federn glänzen im Abendlicht: «glänzend unter dem Abendlicht»; briller — leuchten, glänzen).

« Tu sais, Gendarme (weißt du, Gendarme) », dit Mireille doucement (sagt Mireille sanft; doucement — sanft, leise; doux — sanft, süß), « tu pourrais être un peu plus gentil avec Bernard (du könntest ein bisschen netter zu Bernard sein; gentil — nett, freundlich). Il nous apporte le courrier tous les jours (er bringt uns jeden Tag die Post; apporter — bringen, herbringen). »

Gendarme la regarde (Gendarme sieht sie an). Puis il retourne à son pain (dann wendet er sich wieder seinem Brot zu; retourner — zurückkehren, sich umwenden). La gentillesse, pour Gendarme, est un concept étranger (Freundlichkeit ist für Gendarme ein fremdes Konzept; gentillessef — Freundlichkeit, Nettigkeit; gentil — nett; étranger — fremd, ausländisch). Il a un travail (er hat eine Aufgabe: «eine Arbeit»). Il le fait bien (er macht sie gut). C’est tout (das ist alles).

Et Mireille (und Mireille)? Mireille sourit et boit son café (Mireille lächelt und trinkt ihren Kaffee).

« Je dors tranquille la nuit (ich schlafe nachts ruhig) », dit-elle souvent (sagt sie oft). « Tant que Gendarme est de garde (solange Gendarme Wache hält; tant que — solange; être de garde — Wache haben, Dienst haben). »

Ce soir-là, Mireille donne un morceau de pain à Gendarme dans la cour. L’oie mange tranquillement, ses plumes blanches brillant sous la lumière du soir.

« Tu sais, Gendarme », dit Mireille doucement, « tu pourrais être un peu plus gentil avec Bernard. Il nous apporte le courrier tous les jours. »

Gendarme la regarde. Puis il retourne à son pain. La gentillesse, pour Gendarme, est un concept étranger. Il a un travail. Il le fait bien. C’est tout.

Et Mireille ? Mireille sourit et boit son café.

« Je dors tranquille la nuit », dit-elle souvent. « Tant que Gendarme est de garde. »